Etude dirigeantes dirigeants de pme eti

L'accès au financement n'est pas une question de genre

Le 18/01/2023

Dans Entrepreneuriat féminin

Retour sur l’étude : « Dirigeantes et dirigeants de PME et ETI : quelles différences ? »

Dans les PME et ETI, les femmes dirigeantes ne sont que 12% alors qu’elles représentent 49% de la population active et 32% de la création d’entreprises.
Grâce à cette étude, nous avons pu constater que l’accès au financement n’est pas une question de genre à ce stade de développement.
Je vous propose dans cet article de faire un focus sur la partie financement et d’ouvrir des pistes de réflexions communes pour trouver des solutions afin d’augmenter ce pourcentage bien faible de 12%.

Différences dirigeants-dirigeantes ?L’étude Bpifrance  "Dirigeantes et dirigeants de PME et ETI : Quelles différences ?" à laquelle j’ai eu le plaisir de contribuer a été publiée le 1er décembre 2022 par Bpifrance Le Lab en partenariat avec l’association FCE France. 

L’enquête menée au printemps 2022 a été réalisée auprès de 1160 répondants(e)s : 417 dirigeantes et 743 dirigeants de PME-ETI, 22 interviews dirigeant(e)s ont été menées auprès de 16 femmes et 6 hommes ainsi que 5 interviews d’experts.

Elle porte sur les différences entre les dirigeantes et dirigeants de PME (Petites et Moyennes Entreprises) et ETI (Entreprises de taille intermédiaire), l’un des sujets abordés étant celui du financement des entreprises et son accès, problématique, que je traite depuis de nombreuses années.

C’est parti pour un zoom sur les résultats de l’enquête sur la thématique du financement et des pistes d’action en faveur de l’entrepreunariat plus précisément féminin.

Pour une meilleure lecture des schémas, nous vous recommandons d'effectuer un clic d'agrandissement sur chacun d'eux.

Source : Bpifrance Le Lab, enquête "Femmes et hommes dirigeant(e)s de PME-ETI : êtes-vous si différents ?, juin 2022, 1160 réponses exploitées.

Représentativité des femmes

Avant de rentrer dans le vif du sujet, posons le contexte. 
Seulement 12 % des dirigeants de PME ETI sont des femmes ! et surtout plus les entreprises sont importantes, moins les femmes sont à leur tête.

14% dirigent des entreprises employant entre 10 et 49 salariés, au-delà on arrive à moins de 10 %.

Diriger une PME est un métier bien plus récent pour les femmes.
Elles sont 37 % des fondatrices et seulement 10 % des repreneuses externes.

Une fois ce constat posé, il est intéressant d’aller plus loin.

Accès au financement non genré

Il s’agit d’une révélation de l’étude : l’accès au financement n’est pas une question de genre.

Il y a une vraie similitude dans les réponses entre les femmes et les hommes, 55 % pour les femmes et 58 % pour les hommes estiment ne pas rencontrer de difficultés à trouver des financements.

A contrario, 8 % des femmes et 9 % des hommes expriment leurs soucis pour trouver des financements.

Le parallèle des réponses dans ce premier tableau est vraiment impressionnant.

PGE : égalité de recours

Dans le même état d’esprit, lors de la crise sanitaire et le recours au PGE (Prêt Garanti par l’Etat), nous retrouvons cette même similitude entre les femmes et les hommes. Ce dispositif, mis en place face au Covid19, est terminé, les entreprises remboursent à présent, avec plus ou moins de facilité.
 

Emprunt bancaire vs levée de fonds

Autre équivalence, dans une PME, qu’elle soit dirigée par une femme ou un homme, l’accès au financement évoque avant tout l’emprunt bancaire et non la levée de fonds, que les sources de financement soient actuelles ou futures.

On peut donc affirmer que, pour ces patronnes et patrons de PME et ETI, l’accès au financement et ses sources ne sont pas une question de genre.

 

Regardons maintenant plus en détail les résultats :

Financement et taille d'entreprise

1. Plus l’entreprise est importante moins elle a de difficultés à trouver des financements 

Près de 40% des entrepreneurs d’entreprises de moins de 50 salariés estiment être en difficulté pour trouver des financements alors que ce taux descend à 20% lorsqu’ielles atteignent des tailles de plus de 250 salariés.
 

Ancienneté de l'entreprise et reprise

2. Plus l’entreprise est implantée depuis longtemps, moins elle a de difficultés d’accès au financement

3. Les fondateurs et fondatrices ont plus de difficultés d’accès au financement que les repreneur(e)s.

Assez naturellement, les fondateurs et les fondatrices expriment dans l’étude leur difficulté à trouver des financements : 44 % pour les femmes et 39 % pour les hommes. Souvent ces entreprises sont moins capitalisées.
Ce pourcentage est bien plus faible pour les repreneur(e)s d’entreprises qu’elles soient familiales ou externes.

Expérience et démarrage de l'entreprise

4. Plus la dirigeante est expérimentée, moins elle a de difficultés d’accès au financement. L’expérience est neutre pour le dirigeant.

Ce schéma montre finalement qu’il y a une vraie discrimination au démarrage pour les femmes dirigeantes.

Elles doivent davantage faire leurs preuves que les hommes dirigeants auprès des financeurs.

Entre 5 et 20 ans d’exercice des fonctions, il y a une vraie similitude entre les hommes et les femmes.

Peut-être les financeurs récompensent-ils, avec le temps, l’aspect moins « casse-cou » des femmes d’expérience ? 
De par leur manque d’expérience dans l’exercice de leur fonction, les femmes dirigeantes de moins de 5 ans ont plus de difficultés que les hommes en matière de financement.

Conclusion

Sans surprise !

Pour trouver des financements, il vaut mieux être un(e) dirigeant(e) expérimenté(e) dans une entreprise conséquente dont l'ancienneté est importante.
(Il vaut mieux être riche et en bonne santé…. Quid des autres ?)

 

Quelles actions ?

Maintenant que le constat est posé que pouvons-nous faire pour faire bouger les lignes et augmenter ce pourcentage de 12% de femmes dirigeantes de PME et d’ETI ?

On a pu constater que dans une entreprise de plus de 10 salariés, le financement n’est pas une question de genre.

Donc, comme elles sont 32 % à créer une entreprise, on peut en conclure que pour les fondatrices le décrochement a lieu avant entre 0 et 9 salariés.

Comment accompagner ces femmes dirigeantes de demain, jeunes dans l’exercice de leur responsabilité et à la tête d’entreprises plus petites (moins de 10 salariés), majoritairement fondatrices à se développer ?

D’autre part, le constat est clair, les femmes sont sous-représentées dans la reprise externe d’entreprises -10% seulement.

Comment susciter des vocations pérennes pour des candidates sous-représentées dans la reprise d’entreprise ?

Si vous avez des recommandations, des idées, n’hésitez pas à contribuer et/ou réagir à cet article. L’objectif est de coconstruire des propositions.beryl.bes@besandco.fr

Une proposition d’indicateurs simples est facile à mettre en place.

Indicateurs quantitatifs :
Nombre d’entreprises reprises par des femmes dirigeantes présentes au capital de l’entreprise 
Nombre d’entreprises créées ou reprises par des femmes dirigeantes présentes au capital de l’entreprise et toujours présentes après 5 ans 
Suivi de la masse salariale de ces entreprises avec le nombre d’emplois maintenus/créés par ces femmes dirigeantes

Indicateurs qualitatifs :
Maintien et création d’emploi sur les territoires des entreprises dirigées par des hommes, des femmes et des équipes mixtes
Performances financières des entreprises dirigées par des hommes, des femmes et des équipes mixtes.

(La preuve par l’exemple : les femmes ont une aversion au risque et sont des gestionnaires plus prudentes, déjà plusieurs études le prouvent)

Performances extra-financières des entreprises dirigées par des hommes, des femmes et des équipes mixtes

(La preuve par l’exemple : les femmes sont plus concernées par les enjeux climatiques, sociaux et de préservation de la biodiversité et sont « des capitaines humanistes » comme le précise une autre étude de BPI France le Lab)

S'inspirer d'ailleurs ?

Une piste peut-être ? pourquoi ne pas nous inspirer de ce qui se fait déjà ailleurs ?

A l’instar de certains pays comme le Canada et le Maroc, il est prouvé que la mise en place d’un fond de financement dédié, associé à un accompagnement, permet d’augmenter le nombre de femmes dirigeantes d’entreprise. 
Avec l’appui des pouvoirs publics, la concrétisation d’un fond d’amorçage ou de reprise sous forme de prêts dédiés aux femmes entrepreneures, créatrices ou repreneuses, associé à un accompagnement sur 5 ans permettrait de combler un manque existant de soutien à l’entrepreneuriat féminin. 
Ces appuis permettent à ces dirigeantes de passer d’un statut de création de leur propre emploi, voire un second, à un statut de chef d’entreprise avec plusieurs salariés.
La mise en place de moyens humains et financiers est nécessaire pour faire bouger les lignes. Elle permettrait certainement de lever les freins d’une ambition de plus en plus assumée comme le signifie l’étude et de fournir de belles pépites à la France.

Il s’agit d’un enjeu économique majeur, comme le souligne cet article du Sénat d’octobre 2022, 25 % des chefs d’entreprise ont plus de 60 ans, 700 000 entreprises seront cessibles d’ici 10 ans.

Pour permettre à une entreprise d'atteindre la taille d'une ETI, il faut en moyenne 21 ans à partir de sa création. A noter que la France manque cruellement de ces structures (5 400 contre 12 500 en Allemagne ou 10 000 au Royaume-Uni). La moitié des ETI sont des entreprises familiales alors que la transmission familiale représente seulement entre 14 et 20 % des cessions contre plus de 50 % en Allemagne et de 60 % en Italie. Or ces ETI jouent un rôle crucial pour l’emploi, l’innovation et le redressement de notre balance commerciale.

Pérennité : cette dernière étude de l’INSEE d’octobre 2021, démontre l’importance d’une assise financière anticipée pour le bon développement d’une entreprise. Si elle prévoit ses besoins de financement sur 3 à 5 ans, elle résistera mieux aux tempêtes.
61% des entreprises créées en 2014 sont toujours actives au bout de 5 ans en 2019, 36 % des entreprises sont employeuses cinq ans après leur création. 
Comme pour les générations précédentes, le taux de pérennité à cinq ans des entreprises millésime 2014 augmente avec les moyens financiers investis au démarrage. Ainsi, 72 % de ces entreprises ayant investi au moins 80 000 euros à la création sont encore actives cinq ans après en 2019, contre seulement 55 % pour celles ayant investi moins de 2 000 euros.

L’investissement financier au démarrage et l’expérience favorisent la pérennité.

Donnons aux femmes les moyens de leurs ambitions assumées et contribuer ainsi au développement de notre tissu économique de PME de d’ETI largement sous-représentées en France. 

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